vendredi 24 février 2012

Familles parisiennes 4



Fondation Larmeroux, Robert Coutin et L. Piron Sculpteurs, 1939, 2 ter rue Aristide Briand, Vanves
Initialement une crèche et une maison de retraite cohabitaient dans le même bâtiment, d'où le thème des sculptures, 






Où un auteur envisage de soulager les familles nombreuses pauvres en leur ôtant des bouches à nourrir, pour les verser de huit à dix-huit ans au service militaire. Puis la place et le rôle de la femme au XIXe siècle est discuté à travers deux textes : soit traditionnelle Madone familiale, soit être libre et égale de l'homme. Pour finir un petit hommage est rendu à un sculpteur rencontré lors de billets précédents.










Une des principales causes de la misère des classes ouvrières, c'est le trop grand nombre d'enfants : la fondation des crèches et des salles d'asile sont des bienfaits de la société nouvelle ; mais est-ce assez, et ne pourrait-on pas aller beaucoup plus loin avec un grand avantage pour la société ?


Fondation Larmeroux, Robert Coutin et L. Piron Sculpteurs, 1939, 2 ter rue Aristide Briand, Vanves
Initialement une crèche et une maison de retraite cohabitaient dans le même bâtiment, d'où le thème des sculptures,





Le recrutement appelle tous les ans sous les drapeaux 10 ou 100 mille hommes : ils quittent à vingt ans leur famille, leurs travaux, et consomment dans l'oisiveté des garnisons les six ou sept plus belles années de leur vie d'une manière assurément bien peu productive pour le pays, et bien inutile, si ce n'est même souvent funeste pour eux mêmes. Si l'on évalue à 1500 fr. par chaque soldat le prix du service militaire auquel il est astreint, c'est une dépense annuelle pour le pays, indépendamment de l'entretien de l'armée, qui est une autre chose, de 150 millions de francs. Est-ce qu'au moyen de cette dépense il ne serait pas possible d'entretenir des gymnases militaires dans lesquels on élèverait, depuis l'âge de huit ans jusqu'à dix-huit ou vingt, selon leur force, 200 000 jeunes gens qui seraient consacrés au service militaire, et y resteraient soumis au moins jusqu'à trente ans ? Ces enfants, choisis parmi ceux des familles pauvres et nombreuses, recevraient dans les gymnases l'éducation appropriée à la profession à laquelle ils seraient destinés ; ils feraient sans doute ainsi d'excellents soldats, et ce mode de recrutement serait aussi peu coûteux pour le pays que propre à soulager les familles pauvres du poids trop lourd de l'éducation de leurs enfants. Il n'aurait rien d'ailleurs qui ne fût moral et utile au maintien de la société.




Fontaine en pierre et bronze, Émile Derré sculpteur, 1906, Square Louise Michel, XVIIIe ardt.




C'est aux militaires qu'il appartient de juger si ce mode de recrutement de l'armée fournirait au pays de bons soldats ; mais certainement il n'y a rien de plus barbare aux yeux du publiciste que d'enlever un homme à l'âge de vingt ans à ses travaux, à sa profession, à ses études, pour l'envoyer vivre six ou sept ans dans l'oisiveté des garnisons ; il n'y a rien de plus immoral aux yeux du philosophe que de l'arracher à sa famille, à ses affections, à ses devoirs, pour lui ouvrir la société des cabarets et des corps de garde ; il n'y a rien de plus stupide, aux yeux du citoyen, que de confier la sûreté du pays, en cas de guerre européenne, à d'autres baïonnettes qu'à celles de la garde nationale ; l'armée soldée n'en sera jamais maintenant que l'avant-garde. Il est impossible que l'on ne reconnaisse pas dans un temps très prochain tout ce qu'il y a de profondément inintelligent dans le mode actuel du recrutement de l'armée. Il est très coûteux pour le pays, et il ne produit qu'une armée sans esprit militaire, qui n'endosse l'uniforme qu'avec l'envie de le quitter, et ne marche en avant qu'en regardant en arrière, pour voir sonner au clocher de son village l'heure à laquelle arrivera son congé. La dépense que coûteraient les gymnases militaires serait beaucoup moindre qu'on ne le pourrait croire au premier aperçu, parce qu'il serait possible de les établir sur des points où ils rendraient des services, en concourant à des travaux publics, ne fût-ce qu'au drainage des terres ou aux irrigations ; et d'ailleurs, pour ne pas figurer au budget, la dépense du recrutement n'est pas aujourd'hui moins réelle ; il serait déraisonnable de soutenir qu'un homme de vingt ans ne trouverait pas à louer son travail annuel moyennant un prix supérieur à sa dépense personnelle d'au moins 300 francs par an ; et cela est prouvé d'ailleurs par le prix du remplacement militaire, quelque peu de valeur qu'ait cependant le travail de ceux qui s'offrent pour remplaçants. L'impôt du recrutement est donc une taxe très-réelle, qui pèse sur la population pour au moins 150 millions par an ; et elle a cela de mauvais, par-dessus toute autre taxe, qu'elle est répartie entre tous les citoyens par un procédé de loterie, procédé injuste et immoral. Il serait donc bien facile d'asseoir sur de meilleures bases un impôt d'un produit équivalent, que l'on consacrerait à l'entretien des gymnases militaires. Le nombre des filles est, en France, si ce n'est dans un seul département, bien moindre, comme on le sait, que celui des garçons ; d'ailleurs, l'éducation des filles est moins dispendieuse ; elles rendent des services à la famille beaucoup plus tôt ; elles sont bien plus rarement une occasion de ruine ou de chagrin par leur inconduite. Si les familles pauvres étaient exonérées de la charge d'élever, passé l'âge de sept ans, une partie de leurs enfants mâles, il est certain qu'elles subsisteraient bien moins misérablement qu'aujourd'hui ; ce serait donc, surtout dans les villes, un allégement considérable pour les classes ouvrières. On ne manquera pas de faire remarquer que l'on utilise le travail des enfants, et que, dans les villes manufacturières, les enfants de huit à dix ans gagnent déjà ce qu'ils dépensent. On fera, sous d'autres rapports, la même observation pour les enfants des campagnes : mais, tout ce qu'il faut conclure de cette observation, c'est que l'éducation par l’État de 2 à 300 000 enfants, destinés au service militaire, n'en sera qu'un allégement plus important pour la portion de la population pauvre, placée dans des conditions où ces enfants restent plus ou moins entièrement à la charge de leurs parents








Fondation Larmeroux, Robert Coutin et L. Piron Sculpteurs, 1939, 2 ter rue Aristide Briand, Vanves
Initialement une crèche et une maison de retraite cohabitaient dans le même bâtiment, d'où le thème des sculptures,











Cité Monthiers, 55 rue de Clichy, IXe ardt. Sculpteur Sporrer, 1878.





La troisième détermination, en suivant l'ordre du temps , mais la première peut-être en rang, par l'importance, est celle qui est relative au mariage, à l'époque favorable pour en contracter les liens, au choix d'une épouse ; nous ne considérons encore ici, dans cette grave détermination, que les intérêts purement matériels du travailleur. Il attendra qu'il ait amassé des épargnes suffisantes pour établir un ménage ; qu'il ait obtenu une situation assez assurée et assez avantageuse pour entretenir une famille ; il choisira une compagne bien portante, économe, laborieuse, qui lui apporte quelques ressources, d'utiles appuis, dont la profession puisse se concilier avec la sienne. Ces trois déterminations composent les conditions principales et fondamentales desquelles dépend presque toujours la destinée entière de l'homme qui vit du travail de ses mains. Elles ne sont pas moins essentielles, sans doute, pour les filles, que pour les garçons ; mais les motifs qui y président diffèrent relativement aux deux sexes. L'option offerte aux filles pour le choix d'un état, est beaucoup plus restreinte. Leur séjour est naturellement fixé au sein de leur famille ; elles y trouvent de précieux avantages, celui de la sécurité surtout. Si elles se placent au-dehors, ce n'est plus tant le choix de la contrée qui importe pour elle, que le choix de la famille où elles se placent, et près de laquelle elles doivent trouver une protection, en même temps que des moyens d'existence: choix délicat et d'autant plus difficile pour elles, qu'elles se trouvent plus éloignées de leurs parents ! Enfin, l'hymen exerce sur la destinée des femmes, une influence beaucoup plus étendue que sur celle des hommes. Elles ont besoin, en le contractant, d'une prudence plus grande encore, et cependant elles ont, par elles-mêmes, moins de moyens pour se guider. Quelle sera leur situation, si elles ne trouvent pas dans leurs parents eux-mêmes, les guides dont elles ont tant besoin ?
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Foyer aviaire (voir Familles parisiennes 3), 55 quai d'Orsay, VIIe ardt.





L'expérience témoigne que les mœurs populaires ne sont jamais meilleures que dans les pays et dans les temps où l'esprit de famille exerce le plus d'empire ; et la philosophie explique ce fait, en le confirmant, par les sentiments qui unissent la famille. Dans ces sentiments se déploient tous les genres d'affections pures et généreuses ; les vertus domestiques renferment le germe des autres vertus ; le bonheur domestique rend facile l'accomplissement des devoirs. C'est au sein de la famille que les femmes portent et versent ces trésors de bonté, de tendresse, de générosité dont la Providence s'est plu à les douer. Le chef d'une famille, embrassant dans sa pensée des intérêts plus graves, plus durables, que l'homme isolé, est mieux disposé à réfléchir et à prévoir; il sent le besoin de se respecter lui-même ; il a plus de sérieux, de gravité ; retenu ou rappelé chez lui par les soins qui réclament sa présence, il a moins d'occasions de se livrer au dehors à la dissipation et de former des liaisons fâcheuses ; chargé de protéger des êtres faibles, il puise dans cette mission, la fierté, le courage ; il s'y exerce à l'oubli de lui-même ; il connaît l'exquise jouissance de vivre pour autrui, la délicate volupté du don fait et accepté ; il la goûte à chaque instant. La mère de famille se sent investie d'une dignité presque religieuse ; elle s'exerce constamment à l'ordre, à l'activité, à l'oubli d'elle-même ; elle continue sa propre éducation, en commençant celle de ses enfants ; tous les actes de dévouement lui deviennent familiers.





Foyer aviaire (voir Familles parisiennes 3),35 rue Monge, Ve ardt. Architecte : Romeuf, 1870.





Les époux contractent entre eux, de toutes les amitiés, la plus sainte, de toutes les communautés, la plus parfaite, la plus étroite, la plus durable ; les enfants, en présence des auteurs de leurs jours, apprennent le respect, la confiance, la gratitude. Les frères et les sœurs, dans leur réunion assidue, s'exercent à l'assistance mutuelle, conçoivent les premières notions de la justice, en les associant aux sentiments de la bienveillance.




Jeune fille aux framboises, 1910. Immeuble 186 rue de Grenelle, 23 rue Cler, VIIe ardt






Les femmes qui ont reçu de la Providence un si beau et si touchant ministère, pour répandre et développer la moralité sur la terre, ne peuvent guère l'accomplir, dans la sphère inférieure de la société humaine, qu'aux titres d'épouses, de mères, de sœurs, de filles, en un mot qu'à un titre conféré par les liens de famille. Seul, il les place dans une situation assez favorable à l'intimité, assez honorable, pour qu'elles puissent devenir ce qu'elles doivent être, de vraies institutrices, dont les enseignements sont d'autant plus efficaces qu'ils sont plus insensibles. Leurs enseignements sont plus nécessaires peut-être aux hommes laborieux et peu fortunés, qu'à tous autres : la présence des femmes tempère pour eux ce qu'il y a de trop rude dans les habitudes d'un travail matériel ; elle adoucit l'amertume des privations ; elle calme les souffrances, elle dispose à la modération, elle fait goûter, dans l'intérieur de la vie domestique, d'intarissables jouissances. En donnant des consolations, elle inspire la patience ; en donnant du bonheur, elle prête des forces ; elle ranime les sources de la vie ; elle embellit la destinée ; elle compense avec usure les faveurs de la fortune.




Femme aux iris, 1910. Immeuble 186 rue de Grenelle, 23 rue Cler, VIIe ardt






Les femmes sont appelées à devenir l'un des principaux instruments de l'amélioration des mœurs populaires ; elles y parviendront à mesure qu'elles prendront un plus grand ascendant au milieu des classes inférieures, à mesure que, par leur propre éducation, elles se rendront plus dignes de cette belle mission. Jetez au contraire la femme hors du sanctuaire de la famille ; non seulement vous la dépouillez de ce touchant ministère ; mais vous l'exposez à corrompre les mœurs que sa présence devait épurer. Séduite, entraînée à former des rapports illégitimes, non-seulement elle abdique, en se dégradant, sa puissance morale, mais elle devient le plus dangereux instrument de dépravation. Lorsque l'histoire des délits et des crimes se déroule devant les tribunaux, qui ne serait frappé de voir les désordres de mœurs se produire le plus souvent à l'origine des attentats contre les personnes ou les propriétés qui semblent, par leur nature, devoir lui être étrangers ? La femme vicieuse se porte à de plus grands excès, connaît moins de freins ; ses vices sont plus contagieux.



Concernant cet auteur.





Enfants joufflus, 1910. 23 rue Cler, VIIe ardt










Enfant aux berces, 1910. 23 rue Cler, VIIe ardt















8 avenue Alphand, XVIe ardt. Emile Derré sculpteur, 1904.







LA FEMME. C'est un fait historiquement bien fondé que le respect et la considération pour la femme ont grandi en même temps que s'élevait le niveau de l'instruction générale et des bonnes mœurs. De même nous voyons la position actuelle de la femme d'autant plus considérable chez une nation, que cette nation s'élève davantage à l'étiage de la civilisation, tandis que chez les peuples sauvages, la femme remplit encore la fonction infime d'esclave et de bête de somme. C'était le rôle qui lui était généralement assigné au début de la civilisation, et aujourd'hui encore, chez les peuples à demi civilisés, ceux de l'Orient, par exemple, la position de la femme n'est qu'un peu améliorée ; elle est esclave à demi. A eux seuls, ces faits suffiraient pour nous indiquer par quelle voie s'améliorera la position de la femme dans l'avenir, et comment doit se comporter, vis-à-vis de la femme, tout homme appartenant à une nation civilisée ou ayant cette prétention. « Nous autres hommes, dit Radenhausen (Isis, volume III, p. 100), nous devons nous habituer à considérer et à traiter la moitié féminine de l'humanité, non pas comme un objet d'utilité et de plaisir, mais comme l'égale de l'autre moitié. » Il n'y a pas non plus la moindre raison pour que le principe de l'égalité des droits, aujourd'hui si généralement reconnu, ne soit pas aussi appliqué à la moitié féminine du genre humain. En effet, les devoirs et les travaux qui incombent à la femme dans l'organisme social, ne le cèdent à ceux de l'homme ni en importance ni en difficulté, et cette tâche pourrait s'agrandir encore considérablement, si on lui accordait un champ plus vaste et plus libre.

L’Homme selon la science, son passé, son présent,son avenir, par le docteur Louis Büchner, 1869





Les femmes sculptrices ne sont pas si nombreuses au XIXe siècle et au tournant du XXe. Camille Claudel est la plus connue grâce au livre et la pièce d'Anne Delbée. En voici une autre, plus oubliée, qui s'est " accordé un champ plus vaste et plus libre " que le rôle social réservé à cette époque aux femmes, traitant ici un évènement familial, l'enfant malade.
André Fantelin


L'enfant malade, marbre, Berthe Girardet sculptrice, 1861-1948, Conservation des œuvres religieuses.






L'enfant malade, marbre, Berthe Girardet sculptrice, 1861-1948, Conservation des œuvres religieuses.





Pour clore ce billet et continuer à traiter de la sculpture, voici un petit portrait d' Émile Derré par Emmanuel Bouvier, dans les années 20, dont les œuvres sont présentes dans " Familles parisiennes 1 ", " Familles parisiennes 2 ", et dans le présent "Familles parisiennes 4 " :





















Fontaine en pierre et bronze, Émile Derré sculpteur, 1906, Square Louise Michel, XVIIIe ardt.












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